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Choisir une narration : première ou troisième personne ? Interne, externe ou omniscient ?

Choisir une narration : première ou troisième personne ? - Encre du phénix

Pour construire une histoire, un roman, une nouvelle ou n’importe quelle autre œuvre littéraire, nous choisissons méticuleusement plusieurs éléments. Les personnages, l’intrigue, les rebondissements, même le prénom ou la couleur préféré de notre héros ou héroïne… Puis vient le moment de tout coucher sur papier. Vous avez les idées, la trame, les phrases commencent à couler dans votre esprit, mais il vous manque quelque chose – un tout petit, minuscule détail – quel sera votre pronom et votre type de narration ?

Le classique « il/elle », porteur de la neutralité, aussi bien du sujet que du point de vue ?

Ou bien le « je », plus original, plus moderne, plus intime aussi ?

La troisième personne pour la narration externe et omnisciente

Le schéma le plus répandu dans la littérature est l’utilisation de la troisième personne : le il/elle et la mise en place d’une narration externe.

La narration externe, qu’est-ce que c’est ?
Eh bien, comme son nom l’indique, il s’agit d’une narration externe à l’œuvre, c’est à dire que l’auteur pourra faire connaître au lecteur des faits qui sont ignorés du héros ou de l’héroïne, même si c’est par ses yeux que nous découvrons l’histoire. Un petit exemple ?

Eloïse écarta les rideaux de soie et jeta un œil par la fenêtre. Le quartier était calme. Les pelouses étaient parfaitement tondues, les arbustes impeccablement taillés et les cerisiers de monsieur et madame Duprés parés de lumineuses teintes blanches et pourpres.

Voilà une narration externe ! Dans ce court texte, l’héroïne, Eloïse, observe le paysage. Le point de vue en « elle » emprunte donc sa vision et décrit ce qu’elle voit. Le ton est neutre et les descriptions se portent sur un aspect extérieur : il n’est pas fait mention des émotions d’Eloïse, par exemple. Pour les décrire, en narration externe, il faudrait parler d’un visage souriant ou de sourcils froncés, mais nous ne pourrions savoir si elle joue un rôle ou s’il s’agit de ses réels sentiments.

Avec l’utilisation de la troisième personne, il est aussi courant de glisser vers une narration omnisciente. Un autre exemple ? Reprenons le texte ci-dessus…

Eloïse écarta les rideaux de soie et jeta un œil par la fenêtre. Le quartier était calme. Les pelouses étaient parfaitement tondues, les arbustes impeccablement taillés et les cerisiers de monsieur et madame Duprés parés de lumineuses teintes blanches et pourpres. Il fallait dire que madame Duprés avait peinturluré les pétales avec tant de soin que, depuis la maisonnée d’Eloïse, l’illusion était parfaite et les envolées de fleurs un véritable ravissement pour ses yeux innocents.

Ici, grâce à la narration omnisciente, le lecteur obtient des informations sur les voisins qu’Eloïse elle-même ignore.

Ce type de narration est particulièrement efficace pour les romans légers, les intrigues familiales ou les secrets de voisinage, par exemple. Nous pouvons ainsi être au courant des mots bas de tous les personnages tout en gardant la joie un peu perverse d’observer l’ignorance de notre héroïne.

La narration omnisciente peut aussi être utilisée dans les polars afin de distiller quelques indices supplémentaires, même si, dans la plupart des intrigues, les auteurs choisissent plus volontiers une narration externe ou interne afin de ne pas dévoiler la solution trop vite – il faut bien que le lecteur cherche un peu, lui aussi !

La première personne pour une narration interne

À l’inverse, le choix d’une narration à la première personne va se concentrer sur « l’intérieur », le ressenti d’une personne unique plutôt qu’une vision plus étendue. Le « je » recentre l’interprétation. L’histoire n’est plus neutre, mais imprégnée des sentiments du héros ou de l’héroïne. Nous pouvons donc lire des faits qui sont faux, mal interprétés, ou tout simplement passés à la trappe. Le point de vue à la première personne est à double tranchant : il nous rapproche du personnage principal mais peut aussi déformer la vérité. Parfois, c’est une bonne chose, lorsque l’histoire dépend de ses personnages ; et parfois non, lorsque l’intrigue dépend de faits extérieurs, de lieux, de mystères, loin du tumulte des émotions humaines.

Allez, tentons l’expérience avec notre Eloïse !

J’écartai les rideaux de soie et jetai un œil par la fenêtre. Le quartier était calme. Les pelouses étaient parfaitement tondues, les arbustes impeccablement taillés et les cerisiers de monsieur et madame Duprés parés de lumineuses teintes blanches et pourpres. Je détestais ces cerisiers. Leurs pétales étaient trop vifs, trop purs, d’un toucher plus doux que la soie de Chine dont j’avais orné mes fenêtres, et le sifflement du vent dans leurs branches reproduisait à merveille le pépiement des hirondelles au début du printemps. J’aurais voulu les arracher pour en faire de la marmelade.

Pfiou. Pas si plaisante que ça, cette jeune femme. Bien sûr, nous aurions pu utiliser la troisième personne et la coupler à une narration interne, mais le résultat aurait eu moins de piquant. Le « je » permet de nous impliquer, comme dans une conversation intime. Il nous rappelle notre propre inconscient. Ainsi, notre moi intérieur se confronte au ressenti d’Eloïse ; que nous nous sentions proche d’elle ou, au contraire, séparés par un océan, l’indifférence ne peut être de mise.

Interne, externe, omniscient, je ou il… Je ne sais plus quoi choisir !

Pas de panique ! Pourquoi ne pas faire un petit résumé de ce que nous venons d’apprendre ?

Pronom Type de récit Avantages
Interne Je
il/elle dans certains récits
– quêtes personnelles avec un personnage central fort
– jeune adulte
– Identification plus aisée avec le héros ou l’héroïne
– Interprétation du récit, ressenti plus « réel » des émotions
Externe Je – il/elle – policier
– mystère
– drames
– Narration la plus facile à écrire, ainsi qu’à lire
– Permet tout type d’histoire
– Proche de la mise en scène d’un film
Omniscient Il/elle – jeunesse
– comédie
– vie quotidienne
– Distille des indices supplémentaires en mettant les lecteurs dans la confidence
– Relation auteur/lecteur plus profonde

 

Bien sûr, ce n’est qu’un rapide tour d’horizon, et comme toutes les règles, elles sont faites pour être brisées. Rien ne vous empêche d’utiliser un point de vue à la première personne ainsi qu’une narration omnisciente, mais cet exercice littéraire sera bien plus difficile à manier pour ne pas perdre vos lecteurs.

Un cas plus courant est l’utilisation du il/elle avec une narration interne. Il faut un certain doigté pour l’utiliser et naviguer entre le point de vue personnel (pensées, ressentis…) et externe (on suit le personnage d’un oeil étranger), sans tomber dans une sensation de voyeurisme. On peut également jouer avec le degré d’intimité que l’on inclut ; des pensées plus génériques ou profondes.

Vous hésitez encore ? Regardez du côté de vos personnages principaux : s’il n’y en a qu’un, vous pouvez tenter la première personne. S’ils sont plusieurs et si vous avez besoin de passer régulièrement de l’un à l’autre, préférez la narration externe ou omnisciente.

Enfin, si le doute subsiste, relisez vos livres favoris et choisissez le même type de narration. Si vous avez aimé le lire, vous aimerez l’écrire !

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commentaires (4)

  • Avatar
    Olivia 9 mois plus tôt Répondre

    La troisième personne du singulier peut elle aussi avoir une focalisation interne. Même si c’est en il/elle, la narration a accès aux pensées, aux sentiments du personnage.

    Pour ma part, j’aime alterner les points de vue, et les temps, dans un même roman : un personnage est en « je » (et au présent), et le point de vue d’un autre personnage est à la troisième personne (et aux temps du passé) (en alternant les chapitres, évidemment).

    encreduphenix
    encreduphenix 3 mois plus tôt Répondre

    C’est très juste, j’ai ajouté un passage sur ce type de narration 😉
    Je préfère également la narration en « je », sans doute parce que j’aime approfondir la relation du lecteur avec le héros.

  • Avatar
    Fabien Reuter 1 année plus tôt Répondre

    Assez intéressant. Personnellement, j’ai toujours eu du mal avec la narration à la troisième personne. J’apprécie bien souvent de pouvoir développer le caractère d’un personnage et le point de vue interne est plus agréable pour ça.
    Mais peut-être qu’en faisant ça, je me fixe des « contraintes » vu que je ne peux, difficilement, lâcher mon emprise sur les personnages et le plaisir de parler à travers eux.
    Je sens venir le défi d’écriture où on devra faire une narration à la troisième personne…(a)

    encreduphenix
    encreduphenix 1 année plus tôt Répondre

    Il est vrai que lorsque nous avons un seul personnage principal et que nous voulons nous concentrer sur sa perception du monde, il est plus facile d’utiliser le « je » – mais c’est aussi une question de goût, la première personne n’apporte pas le même ton 🙂
    Mais c’est une très bonne idée, ça, pour un prochain défi… ! :p

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