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Les verbes faibles

verbes faibles

Bonjour, chers écrivains !

Aujourd’hui, nous nous pencherons sur l’une des bêtes noires qui incombe une grande partie des récits : les verbes faibles.

Alors non, il ne s’agit pas des verbes qui se font tabasser dans une ruelle sombre et détrousser par les voleurs de grands chemins (quoi que…;p).

Ce que nous appelons « verbes faibles », ce sont ces verbes dont le sens est très généraliste et qui peut s’appliquer à de nombreuses situations. De ce fait, ils sont très (trop) faciles à utiliser parce qu’ils s’adaptent partout, et que vous n’avez pas besoin de vous creuser la tête pour les trouver. On pourrait aussi les considérer comme des « verbes ternes » ou des « verbes passe-partout », une sorte de couteau-suisse qui vous permet d’appréhender tous les problèmes mais avec une efficacité réduite. Franchement, ces ciseaux minuscules sur les couteaux-suisses, ils vous sauvent peut-être la mise en cas d’urgence, mais vous ne les utiliseriez pas au quotidien…

Quelques exemples de verbes faibles ?

« être, avoir, dire, faire, aller, regarder, voir, devoir, mettre, prendre, pouvoir » mais aussi « sembler, sentir, continuer, » …

Nous en accablons parfois nos textes sans même nous en rendre compte, tant les habitudes sont ancrées dans notre façon d’écrire. Vous vous en doutez, mais le premier exercice que je vous propose sera de choisir un paragraphe de l’un de vos textes et d’y repérer le nombre d’occurrences de verbes faibles 😉

Vous pouvez même vous amuser à le faire sur une page, voir un chapitre entier, et de comptabiliser ceux qui reviennent le plus souvent. Surlignez-les d’une couleur puissante afin qu’ils vous sautent aux yeux. S’ils sont trop présent, vous aurez plus de difficultés à relire votre texte sans être gêné par ces notes de couleur.

Les verbes faibles sont-ils réellement capables de nuire à un texte ?

Bon, d’accord, vous avez beaucoup de verbes faibles. Et alors ? Votre récit n’en reste pas moins lisible et compréhensible par votre lecteur !

Et pourtant…

Le véritable risque des verbes faibles, c’est d’affaiblir votre prose. C’est, en quelque sorte, une forme de paresse, une facilité intellectuelle qui vous met à l’abri d’une plus grande réflexion et qui vous permet peut-être d’écrire plus vite (et de suer moins devant votre page 😉 ). Mais si l’écriture en devient plus facile pour vous, en parallèle, la lecture se corse. Les sentiments de vos personnages prennent moins d’ampleur et, si vous tenez à les préciser, vous devrez user de tournures plus compliquées. Au final, malgré votre première impression, vous vous compliquez la tâche.

Un peu d’exercice…

Il faut toujours garder à l’esprit que le lecteur n’est pas dans votre tête. Ce qui vous semble logique ne le sera pas forcément pour œil extérieur. Vous pouvez être convaincu que votre personnage principal, Arthur, est un chevalier dont le sens de la justice ne faillira jamais, et que lorsqu’il « dit » à son ennemi qu’il ne lui permettra jamais de traverser la forteresse, c’est qu’il le menace tant et si bien que ses muscles se gonflent sous son armure et que ses yeux se parent de veines terrifiantes.

– Moi vivant, jamais tu ne traverseras ! dit Arthur.

Pas très impressionnant, non ? À la place de son adversaire, je tenterais quand même le coup…

– Moi vivant, jamais tu ne traverseras ! dit Arthur.
Ses muscles se gonflèrent de colère et ses yeux se parèrent de veines terrifiantes.

C’est un peu mieux, mais l’ensemble reste passif. Le fait de détacher l’expression corporelle d’Arthur de ses mots induit qu’il ne les pense pas vraiment, comme si… Ses mots n’étaient que des paroles en l’air 😉 Il aura beau gonfler tous les muscles qu’il veut, si sa voix est ponctuée de trémollos, ses gestes n’auront aucun impact. Et c’est un peu le ressenti que nous offre ce dialogue. Il ne faut pas oublier qu’un récit n’est pas le reflet d’une réalité ; c’est artificiel, construit, et parfois, notre cerveau n’interprète pas nos assemblages de mots comme nous le souhaiterions. Il faut lui donner un petit coup de pouce.

– Moi vivant, jamais tu ne traverseras ! vociféra Arthur.
Ses muscles se gonflèrent de colère et ses yeux se parèrent de veines terrifiantes.

Ah ! Là, je commence à m’inquiéter. Vous remarquez la différence de dynamique ? Le dialogue et l’action se raccordent et l’émotion qu’il ressent se transmet avec beaucoup plus de naturel.

Supprimer les verbes faibles sans en faire une traque éperdue

Bon, il s’agissait là d’un verbe de dialogue, et c’est encore une catégorie à part, bien particulière des verbes faibles. Le principe reste pourtant semblable pour tout autre verbe faible. Par exemple, dans ce texte :

Leonard fit un pas en arrière. Il vit Arthur qui semblait se mettre en colère, les muscles gonflés sous sa cuirasse. Ça lui donnait un avantage. Avec son armure, le chevalier serait bien plus lent et maladroit. Il n’avait plus qu’à le faire s’épuiser avant de lui mettre le coup de grâce.

Si l’on modifie les verbes faibles… :

Leonard recula d’un pas. La colère s’empara d’Arthur et gonfla les muscles engoncés dans sa cuirasse. Ça lui offrait un avantage. Avec son armure, le chevalier serait bien plus lent et maladroit. Il lui suffirait de l’épuiser avant de lui asséner le coup de grâce.

Quelques changements suffisent pour rendre l’action plus fluide et plus facile à décrypter. Le lecteur ne bute pas sur chacun des mots pour en deviner le sens caché et les émotions n’ont plus de secrets. Par contre, vous avez sûrement remarqué que je n’ai pas enlevé tous les verbes faibles : comme toute règle, il faut toujours la prendre avec des pincettes et accepter que, parfois, certains verbes ne peuvent être remplacés – soit parce qu’ils n’ont pas d’équivalent, soit parce que cela impliquerait un changement de tournure plus compliqué… Soit parce que ce n’est tout simplement pas nécessaire. C’est à vous de juger ce qui nuit à votre texte et ce qui peut être conservé. Tout est une question d’équilibre et, surtout, de pratique.

Écrivez, relisez-vous, corrigez, et à force d’entraînement, cela viendra naturellement ! 🙂

 

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commentaires (2)

  • Avatar
    Fabien Reuter 1 année plus tôt Répondre

    Ça alors, je ne me sens pas du tout visé par cet article (a)
    Par contre, c’est peut-être le premier article dont j’avais déjà conscience de l’utilisation de ces verbes « passe-partout » (magnifique exemple de l’utilisation du petit ciseau xD).
    Mais c’est un mauvais réflexes de toujours se repose dessus, effectivement, et c’est quelque chose auquel il faut être très attentionné, surtout moi, qui ait tendance à peu accorder d’attention au verbe mais plutôt à ce qui suit derrière ^^’

    encreduphenix
    encreduphenix 12 mois plus tôt Répondre

    Je trouvais l’image du petit ciseau assez parlante ahah xD
    Après c’est une habitude, si tu fais quelques efforts au début pour corriger ton écriture, tes futures corrections se feront sans même que tu n’y penses 😉

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