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Réponses au défi d’écriture #01

réponses défi d'écriture - encre du phénix

Bonsoir mes chers écrivains !

On revient ce soir avec les réponses au défi d’écriture #01 ! Pour rappel, les mots clés étaient cerf, neige, renard et thé, et le nombre de mots attendus était de 800.

Vous avez été plutôt nombreux à participer, ça m’a fait chaudement plaisir, et j’ai adoré lire vos textes. On y trouve de nombreuses narrations, tons, émotions et ambiances différents, et c’est très enrichissant de découvrir autant de réponses si éloignées les unes des autres alors que nous partons tous de la même base.

Allez, je vous laisse découvrir les textes sans plus attendre ! N’hésitez pas à les commenter si vous le souhaitez, j’ai également laissé une petite note pour chacun d’entre vous. Vous pouvez également lire ma propre réponse à la fin de cet article 😉

Au menu :

  • Les tribus isolées
  • Réminaissance
  • Théphémère
  • Nuit sans lune
  • Le blanc et le roux

De notre côté, on se retrouve au prochain défi ! Et si vous avez une idée ou une envie de défi, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire !

Les tribus isolées, par Fabien

Le froid m’attaquait les entrailles, avec violence, avec force. Je ne m’en plaignais guère pourtant, il m’aidait à me tenir éveillé, à me sortir de ma torpeur, à me préparer à ma première bataille.
Tel le cerf, notre animal totémique, nous nous tenions ici, au sommet de la colline environnante, avec prestance et fierté.
Nous pouvions l’être, prendre cette colline de nuit, sous la neige battante afin de disposer d’un terrain favorable, de profiter de la descente pour amplifier nos charges et créer des brêches dans les rangs ennemis, voilà notre humble et unique tactique.
Encore faut-il que ces derniers eussent le courage ou la bêtise de venir nous y défier.
Ce n’était malheureusement pas le trait de caractère de nos ennemis, ils étaient bien trop rusés pour ça.
La guerre allait commencer, une guerre parmis tant d’autres, entre tribus de montagnards. Ce jour-çi ce fut nous, les fiers représentants du cerf contre eux, les malicieux représentant du renard. Mais d’autres guerres viendront, encore et encore. Dans ce monde brute et sauvage, on se bat et on tue pour survivre, et même parfois on meurt.
Malheureusement, pour réussir à obtenir l’une de ces conditions, il nous faut entrer en contact avec les renardeaux, ces derniers ayant trop tendance, à mon goût, à se cacher pour attaquer en traitre.
Quand bien même ils le feraient, nous n’avons guère à craindre ces subtilités, nous nous sommes toujours battu avec honneur, yeux dans les yeux.
Mais l’attente est longue, la concoction préparée par les anciens, une sorte de susbstrats de thé, de plantes, d’herbes et d’organes d’animaux mélangés ensemble.
Si à mes yeux, cette potion étrange n’a que comme bénéfice de me réchauffer légèrement les poumons et me laissait un goût amère dans le bouche, d’autres semblent y plonger dans la folie.
Souvent, ce sont les vétérans des batailles qui se laissent porter par cette « transe », ils deviennent des armes humaines, sans logique ni dénuement.
Et si une arme humaine, sans logique, n’a pas de quoi être jetée au combat, il n’est pas rare que cette dernière viennent à frapper ses propres alliés.
Et le chef le savait, le combat devait se faire rapidement.Il envoya quelques hommes partirent en reconnaissance, manque de chance, je faisais partie de ces hommes.
Nous nous retrouvâmes à cinq, en train d’avancer avec prudence, de veiller à ce que chaque pas s’engouffre dans la neige.
Contre une tribu où chaque guerrier peut se montrer plus fourbe que jamais, il est toujours préférable de pas se faire localiser, question de survie bien sûr.
Mais rien ne vint à nos oreilles qui puissent être vivant, hormi peut-être bien sûr le raclement de gorge de notre « vétéran », la bouche pleine de salive à l’idée de se jeter dans la mêlée.
Notre chef pensait que son expèrience nous aiderait en cas de pépin.Je ne saurais dire pour son expèrience du combat mais, niveau discréation, utiliser ses haches de jet pour dégommer les écureuils et volatiles qui passaient, autant dire que c’était raté.
Mais aucun du groupe n’y pouvait faire quoique ce soit. Un vétéran se doit d’être respecter, il a survécu à de nombreux affrontements et il a offert son esprit, son humanité au Cerf. Notre honneur nous interdisait de lui porter grief malgré le danger de ses actes.Mais notre honneur ne pu pas grand chose lorsqu’une flèche jaillit et se vint se planter pile au travers de la gorge de notre « animal ». Un rauque, étonnament poétique, se fit entendre de sa part avant que le sang, mélangait à sa bave, ne coula grossièrement de sa bouche.
Puis Il s’effondra au sol, raide mort. Si c’était ça être expérimenté, je préférais encore mon inexpèrience actuelle.Nous étions tombés en pleins dans la tanière des renardeaux. Les trois, encore vivants, et moi se regroupèrent immédiatement et chacun de nous se mit à l’abri derrière son bouclier. Plus que nos armes, le bouclier est notre seconde vie, notre seconde chance. On les utilise pour y maintenir une distance de sécurité, tel les cornes d’un cerf.

Mais plus rien ne se fit entendre excepté le frémissement des souffles, tiraillés entre la peur et l’adrénaline.
Et vint quelque chose, des bombes furent jetés à nos pieds, tous dégagèrent un épais brouillard, une fumée à l’odeur infecte attaqua nos narines.
De l’empoisonnement ? Non ce n’était pas le danger principal…Le danger principal venait plutôt de l’homme qui se tenait à ma gauche. Mon frère d’arme avait une dague planté au mileu de la gorge, encore une fois. Et celui qui tenait la dague se tenait face à lui, et assez proche de moi. C’était une jeune renarde rousse aux yeux violets.
Plutôt séduisante malgré le contexte.

Je m’éloignais alors de mon groupe d’un bond léger et mis mon dos à l’abri contre un arbre.
Mes deux compagnongs eurent la même idée mais pas la même réussite. L’un se fit découper en deux pendant la manoeuvre par un grand gaillard et l’autre reçut deux flèches, une au genou puis à la tête.

Et alors que mes trois adversaires me toisait, j’étais soulagé de savoir que notre reconnaissance fut bel et bien une réussite.

Un texte intéressant avec une thématique que je n’avais pas du tout envisagée pour les mots-clés retenus, mais c’est aussi tout l’intérêt de ce défi ! L’absence de dialogue apporte aussi une dimension différente et, paradoxalement, une plus grande immersion dans le texte. Le fin nous laisse dans le doute et une certaine fascination pour cet ennemi que nous venions tout juste d’approcher. Cela donne envie d’avoir une suite 😉

Réminaissance, par Nemo

Nous avons tous nos Alice. Celle-ci se prénomme Eléa. Nul miroir, nul armoire, nul grand cerf ne pourrait vous mener à elle. Uniquement le fil invisible de songes dérobés. Laissez-moi vous décrire ce que vous trouverez si vous en venez à rêver d’elle car ce qui est le plus précieux est aussi le plus vulnérable à la morsure de la réalité, le plus dissimulé.
Eléa avait pour masque celui de la mort, comme parure le manteau blanc du néant. De la carcasse titanesque et encombrante de son monde émergeait parfois quelques frondaisons craintives, jaillissements d’espoir aussitôt flétris par l’absence de tout passé dans lequel s’enraciner. En son cœur gisait le cadavre d’un goupil éventré, si putrescent qu’aucun nécrophage n’osait même l’approcher.
Des confins finis aux étendues stériles, les seuls mots pendus aux arbres trépassés étaient de ceux dont l’on souffrait inlassablement et le vent portait dans son sillage la nostalgie des possibilités dissipées.
Seul un voyageur à l’âme attentive pouvait encore discerner dans un tel souffle le bruissement d’oraisons laconiques, récurrentes, obsessives.
« Tu aurais dû »
« Tu es juste resté là »
« Tu aurais pu tout changer. »
« Un geste, il aurait suffi d’un geste. »
« Tu es morte ce jour-là. Tu t’es laissé mourir. »
Tout cartographe peu hardi se serait arrêté ici car chacun d’entre eux sait qu’il n’y a plus rien à extraire de contrées mortifères. Cependant, le rêveur pouvait lui, discerner à la surface d’un lac pas encore tout à fait drainé de son contenu, quelques discrets soubresauts semblables à l’onde élancée mélancolique des jours rêvés, la bravoure de quelques folles étincelles passagères.
L’amouraché onirique pouvait alors rebrousser chemin ou ayant reconnu quelque similarités avec ses propres chimères, prendre une grande inspiration et plonger dans la substance aqueuse, s’immerger dans l’abnégation de profondeurs remplies de long silences criant contrastés par des souhaits timides. Il fallait retenir son souffle pendant d’interminables, d’éternelles secondes pour parvenir à entrevoir finalement une étoile de mer. Il était aisé de se noyer dans le renoncement, ardu de suivre une étoile jusqu’au bout, fut-elle de mer.Pour celui qui parvenait à s’extraire de l’autre côté, celui qui avait su écouter si longtemps, l’âme d’Eléa se révélait enfin. C’était un monde à la géographie similaire au précédent mais dont le cœur se mettait doucement à battre de nouveau, tiré d’un long exil transi.
D’abord pudiquement, par la présence de quelques flocons d’espoir effleurant timidement la peau, premiers tressaillements d’une vie qui reprenait son cours. Puis, d’une grande étendue de neige majestueuse. Tout comme il y’avait un blanc plongeant dans le néant, il y’avait également un blanc qui prenait sa source dans la vie elle-même. Tout comme un hiver pouvait représentant la fin des jours solaires, il pouvait également signifier la renaissance.
Témoin attentif de cet éveil, se tenait sur un tronc d’arbre un étincelant renard de nacre. Celui-ci n’appartenait pas à un prince, trop sauvage pour être adopté. L’entaille visible sur son poitrail ne pouvait entacher sa radiance. De ces lieux, il en était plus que l’hôte. Il en était le centre, le Phoenix.
La tête incliné, il prenait grand soin d’examiner tout invité avant d’initier sa symphonie. C’était un de ces airs impossible à coucher avec de simples mots, un de ceux qui était la fondation sur lequel reposait rêves, idéaux et absolus. Celui-là même qui nous guide et nous donne la raison qu’il ne nous faut jamais perdre, sous peine de n’avoir plus de la vie que la semblance. Composé seul, il était toujours incomplet. Composé à plusieurs, il risquait d’être subverti de sa pureté originelle.L’Hiver s’endormit pour laisser le Printemps s’exprimer. Une odeur de thé emplit l’air, les arbres refleurirent. Chaque bourgeon étant un songe, chaque songe renfermait d’infinies possibilités. L’un, représentant les péripéties d’une multitude d’univers, d’épopées et d’aventures et l’autre celui de rencontres qui nous définissent, de liens immortels et de promesses qui ne sauraient être brisées.
D’anciennes montagnes surgirent à nouveau. Couvertes de la verdure de fantaisies enfantines, embrasées par l’énergie de désirs adolescents. Le vent n’était plus porteur de regrets moribonds mais d’un élancement vers un absolu, mêlant l’écho de ces instants passés, présent et futurs qui marquent une éternité et nous définissent à jamais.(…)Nous ne pouvons exorciser Eléa de son passé mais si nous venons à la rencontrer, nous pouvons au moins essayer de la comprendre, de l’accompagner.

Un extrait très poétique qui nous plonge dans un monde à la « Alice aux pays des Merveilles » ! J’ai eu la sensation de plonger dans un saladier remplis de bonbons, certains acidulés, d’autres doux et fondants comme une guimauve. Un texte à déguster !

Théphémère, par Bosi

L’animal apparait, trouble dans ce décor trop blanc pour mes yeux trop clairs. Il sort de nulle part et pourtant il est là devant moi, il se fait de plus en plus net. Ses bois se confondent avec la couleur de sa robe et son regard se perd dans le mien. Il me voit, sa tête haute, son dos droit et ses jambes fines. Il est prêt à bondir, mais il ne bougera pas.

Il ne brâme pas. Ou s’il le fait, je n’entends rien, comme si la neige avait étouffé tous les sons. Il se contente de me regarder, digne. Il me regarde simplement et pourtant si intensément que je n’ose détourner le regard. Il me scrute, il me sonde, il apprend. Il est né maintenant et je suis devant lui. Il n’y a que lui et moi dans ce blanc qui nous environne, rien ni personne d’autre que ce cerf et moi en silence.

Je me rapproche doucement, comme pour mieux le discerner de là où je me trouve, d’en -haut. Il ne bouge toujours pas mais ses bois coulent, alors je les ajuste et les redresse pour qu’ils retrouvent de leurs superbes, si symétriques et pourtant différents. Les bois s’arrêtent de fuir et le cerf incline sa tête un peu, comme pour me remercier. Il ne bougera pas, il restera immobile dans cet empire de blanc où plus rien ne se discerne. Il me le dit et je le crois. Je le sais.

Ma main s’éloigne de sa couronne et il frissonne, il frémit. Son corps tremble tout entier comme si son monde venait d’être secoué, heurté par quelque chose de plus grand, d’ailleurs. Il se trouble à nouveau et s’enfuit, bondissant au-delà d’obstacles que je ne saurais voir, courant le long d’un cercle gris qui se profile à son horizon. Il part et glisse, se fond et puis revient. Sa robe est toujours de ce brun clair, dilué. Le même et pourtant il a changé.

Il a laissé un peu de lui-même derrière lui, il s’est abandonné dans sa course folle pour aller plus vite et ce qu’il a déposé prend forme. Plus petit, et pourtant plus rapide, plus agile. Ils se dévisagent et je ne suis plus là, trop extérieur à leur monde, leurs réalités. La fourrure du renard semble ne jamais se calmer sous le vent léger qui s’est dressé. Sa queue s’est levée et il se gonfle, pour impressionner l’autre ou se protéger du froid. Peut-être les deux. Il avance doucement, sans jamais s’enfoncer dans la neige, pour rejoindre celui qui l’a enfanté et qui l’observe, qui le domine. Le regard est arrogant, celui du renard est implorant.

Il glapit. Il a été lâché dans ce monde immaculé sans que personne ne lui enseigne quoi que ce soit. Il s’approche, comme pour demander conseil, pour venir se réchauffer. Le vent souffle et les sabots du cerf martèlent le sol sans bruits aucuns, assourdi qu’ils sont par la neige, toujours. Le souffle s’arrête et tout redevient immobile. Le renard. Le cerf. Moi. Rien ne bouge, rien ne vit. Le temps est parti ailleurs, délaissant cet endroit. Le renard ne cherche plus à se rapprocher, le cerf le regarde toujours. La scène pourrait s’éterniser, ne jamais se terminer. Personne n’a le pouvoir de l’altérer si ce n’est moi, qui n’ose bouger non plus, fasciné par ce qui se déroule devant moi. Par ce qui ne se déroule pas. Par ce qui ne se déroule plus.

L’hiver se love et tout se brouille. Un dieu incertain, extérieur, trop pressé, trop soudain, a agi. Les animaux se sont jetés l’un sur l’autre, sans pitié, quand leur monde s’est ébranlé. Ils se sont mêlés sauvagement, furieusement, à s’en faire éclater. Aucun n’a gagné. Le cerf n’a pas retrouvé ce qu’il avait laissé derrière lui, le renard n’a pas appris. La neige est restée tassée, maculée de ce qu’ils sont devenus. Une forme improbable, indéfinissable, à imaginer, à refaire. L’aspect ne sait se poser, comme s’il était trop à l’intérieur, trop de lui, trop d’eux qui l’ont bâti. Et le vent le disperse.

Je regarde le dieu s’éloigner sans qu’il ne se retourne, sans qu’il ne s’excuse. Il a mis fin à deux vies, trop tôt. Deux êtres que j’avais créé sans le vouloir et qui s’étaient émancipés. Mon sachet de thé se soulève comme un gonfalon accroché à ma tasse et un serveur s’approche.

– Permettez madame.

Il nettoie la table blanche où le thé s’était renversé par ma faute, où mon imagination avait fait le reste. Plus rien ne reste si ce n’est le vent. La neige n’est que faïence cerclée d’aluminium, le cerf n’est plus que souvenir, comme l’est le renard dans mon esprit. De ce monde éphémère il ne reste rien. Seulement moi, et un thé déjà refroidi.

J’ai vraiment adoré la chute ! Il permet une deuxième relecture tout aussi agréable que la première et tu as réussi à me flouer :p Les tournures sont tout aussi jolies que la vision de cette jeune femme. C’est top !

Nuit sans lune, par Aya

Cela faisait déjà plusieurs heures qu’Ellea marchait dans la neige mais elle n’avait pas d’autre choix. Elle devait continuer, et ne pas le perdre de vue. Cet étrange animal l’avait réveillée alors qu’elle
s’était allongée près d’un ruisseau, se reposant après avoir bu le thé du rituel. L’esprit embué par les herbes et la magie, elle avait sombré dans un sommeil agité. Il s’était assis à côté d’elle et lui donnait régulièrement des petits coups de tête afin d’attirer son attention. La jeune fille n’avait pas compris ce qu’il lui voulait, et tentait de le repousser doucement. Il couina et cela intrigua Ellea. Il n’en fallut pas plus pour qu’elle se relève et le regarde attentivement. Que faisait un petit renard près d’elle? N’était-il pas effrayé ? Pourquoi l’approchait-il ? Tant d’interrogations commencèrent à tourbillonner dans son esprit. Puis elle réalisa qu’il n’était pas si petit, en fait. L’animal faisait la taille d’un loup et ne semblait pas comprendre pourquoi la fille le regardait de cette manière. Il décida alors qu’il était temps pour lui de partir. Enfin, c’est ce que pensa Ellea.
Mais étrangement, il s’arrêta à l’orée de la forêt et jeta un regard en arrière, comme pour lui dire de le suivre. Un étrange bruit résonna autour d’eux et arracha un nouveau couinement au petit être. La neige se mit à tomber, et devint rapidement un rideau blanc. La jeune fille comprit alors ce qu’il se passait et, ne réfléchissant pas une seconde de plus, suivit son guide.Le renard ne ralentissait que pour être sûr qu’elle le suivait, et semblait se mouvoir sans toucher le sol. Ellea était fatiguée, la neige ne s’arrêtait pas, et le sol était recouvert d’une épaisse couverture blanche depuis trop longtemps à son goût, mais elle ne devait pas faiblir. Après plusieurs jours, elle avait enfin atteint la forêt aux esprits, et son initiation avait commencée. Il l’avait choisi. Elle ravala un sourire et releva la tête. Serait-elle à la hauteur ? N’avait-elle pas toujours échoué lorsqu’on lui enseignait la maîtrise ? Avait-elle sa place dans ce monde ? Encore une fois, elle se posait trop de questions. Elle tenta d’effacer ces pensées et de se concentrer sur la route. Le chemin devenait de plus en plus sinueux et difficile, sa vue commençait à se brouiller, sa peau se colorait de bleu et ses forces semblaient l’abandonner. L’esprit sursauta et jeta un œil en arrière, comme pour vérifier que l’enfant allait bien. Il s’arrêta et l’attendit. Elle le rattrapa et chercha à comprendre ce qui l’avait fait réagir ainsi.C’est à ce moment qu’elle les remarqua. Le troupeau tout entier était là. A l’attendre. Elle voulut rebrousser chemin, se retrouver face à eux l’effrayait et elle ne s’en sentait pas la force. Lorsque
Ellea se retourna, son esprit la fixa. Elle se perdit dans son regard et une vague de chaleur l’envahit. Il avait confiance en elle, il était venu la trouver avant qu’elle ne fasse le premier pas. Leur lien était plus fort que tout ce qu’elle avait connu, et pourtant elle ne l’avait encore jamais vu avant aujourd’hui.
C’était encore plus étrange que ce qu’on lui avait conté depuis son enfance, et encore plus merveilleux. Elle trouva la force de sortir de ce cocon de tendresse, et sourit à son nouvel ami. La jeune fille prit son courge à deux mains, et se dirigea lentement vers le troupeau de cerfs. Elle les observa au fur et à mesure de son avancée et comprit que c’était un jeune troupeau. Ils faisaient à
peu près la taille des chevaux de son village, et cela la rassura. Ce moment fut de courte durée, puisqu’une forme se releva lorsqu’elle fut à leur hauteur.
Elle supposa alors que c’était le mâle alpha, le chef du troupeau, leur guide. Il était impressionnant, immense à côté de la jeune fille et ses bois iridescent le rendait encore plus majestueux. Un esprit supérieur.
Lorsqu’il posa son regard sur elle, Ellea sentit un frisson envahir tout son corps. Il la jugeait. Elle devait donc faire ses preuves. Le moment était arrivé.
Elle prit une grande inspiration, et ferma les yeux. A l’instant où elle posa ses mains sur sa poitrine, la nuit commença à se parer de lumières. Les lèvres d’Ellea se mouvèrent en silence, et les faibles lueurs grandirent, finissant par éclairer la clairière tout entière. Elle resta concentrée, récitant sans erreur son incantation, puis ouvrit ses mains, comme pour en laisser échapper la chaleur que la neige avait absorbée.
Ellea rouvrit les yeux, et découvrit ce qu’elle avait accomplit. Cela l’étonna, elle n’avait jamais réussi un seul rite auparavant, et ne comprenait pas vraiment ce qu’elle avait fait. La neige avait fondue, la forêt revivait, mais cela n’avait pas vraiment de sens pour la jeune fille, elle ne connaissait que ce qu’on lui avait appris, et cela n’en faisait pas partie.
Le cerf la fixa et s’inclina lentement devant elle. Dans son esprit résonna ces quelques mots « Tu es une fille de Raya, la grande soigneuse. Celle qui trouve la vie et réveille les esprits. »
Sur ces paroles, le grand Cerf et son troupeau s’éloignèrent, ils avaient accomplit leur devoir.Elle soupira de soulagement et malgré sa joie d’être enfin adulte, se laissa tomber sur l’herbe. Elle avait besoin de repos. Son esprit vint se blottir contre elle, et ils s’endormirent d’un sommeil réparateur.

Un voyage initiatique comme on les aime ! J’ai vraiment regretté cette limite des 800 mots car j’aurais aimé en apprendre plus sur Ellea, son parcours, son peuple, et sa destinée. La séparation fut à contre-coeur 🙁

Le blanc et le roux, par Encreduphénix

La neige s’était déposée sur le rebord de la fenêtre. Elle était branlante et mal isolée, si bien que quelques flocons de neige s’étaient infiltrés dans la bicoque. Ils voletèrent dans l’air tiède, s’approchèrent un peu trop de la cheminée qui crapotait et retombèrent en petites gouttes d’eau sur le tapis élimé.
Près du feu, Opale dormait à poings fermés. Sa poitrine se soulevait doucement et ses cheveux roux encadraient son visage trop jeune. Deux tasses de thé froides gisaient sur le sol, abandonnées. Andrew soupira. Il n’avait pas eu le cœur de la réveiller lorsqu’elle s’était assoupie, tard dans la nuit. L’homme lui avait cédé sa couette et s’était réfugié près de l’alcôve, sur le banc de pierre d’où il observait toujours le Jardin.
La colline aux oiseaux s’était recouverte d’une épaisse couche blanche, à peine troublée par les vents nocturnes qui soulevaient la poudreuse. Il n’y avait plus de volatiles à cette époque de l’année, mais de nombreuses autres créatures avaient pris leur place : taupes hivernales, crapahuteurs, hurleurs de givre… La vie grouillait sous la neige. Le garde-chasse avait l’habitude de déceler les traces de ses protégés, perdus dans l’immensité blanche de l’hiver. Comme il le répétait volontiers à tous ses élèves, il suffisait d’ouvrir les yeux… et son cœur.Ce ne fut qu’à l’orée du jour que l’animal apparu, loin à l’horizon. Ses bois de verre se dressèrent dans les premiers rayons du soleil et diffusèrent leur lumière dans toute la plaine. Andrew ferma un instant les paupières, éblouis. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise. Un cerf royal ! Il se redressa soudain, comme un enfant devant l’arbre de Noël, et se pencha si près de la fenêtre que son nez en toucha la surface. Il sursauta, se frotta les narines, et reprit sa place, les mains plaquées sur la vitre.
Le cervidé était si grand que le sommet de ses bois touchait les branches des plus hauts pins. Un souffle blanc sortait de ses naseaux chaque fois qu’il devait baisser la tête pour se frayer un chemin. Il semblait préférer longer la forêt plutôt que de rejoindre le centre de la plaine, certes plus accessible, mais aussi à découvert. Les cerfs royaux n’avaient pourtant aucun prédateurs, alors que craignait-il ?…
Andrew ravala un cri lorsqu’une silhouette se glissa près de lui. Opale était réveillée. La jeune fille s’était emmitouflée dans sa couverture rapiécée et grimpa sur le banc, trop étroit pour qu’ils puissent s’y tenir confortablement tous les deux. Pourtant, le garde-chasse ne bougea pas.
— Que se passe-t-il ? demanda la rousse en se collant elle aussi à la fenêtre.
— Chuut ! répondit l’homme, soudain paniqué. Ne parle pas. Il risquerait de nous entendre.
L’adolescente hocha la tête, sans quitter la plaine des yeux. Le cerf avançait doucement dans la poudreuse.
— Qu’est-ce que c’est ? souffla de nouveau la jeune fille, d’une voix plus basse.
Andrew sourit et se décolla de la fenêtre pour lui offrir un meilleur champ de vision.
— Un cerf royal. Ils ne se montrent que rarement aux yeux des humains.
— Il est magnifique…
Ses prunelles se mirent à briller. Oui, magnifique, pensa Andrew.
L’animal se pencha soudain et plongea son museau dans la neige.
— Andrew, que fait-il ? le pressa Opale.
L’homme fronça les sourcils.
— Je ne sais pas…
Après quelques secondes, le cerf se releva et reprit sa marche. Il dodelinait de la tête et, à chaque pas qu’il faisait, une traînée d’or se déposait dans ses traces. Même à cette distance, ils pouvaient distinguer la neige se parer de lumière.
Puis la crinière du cerf se mit à bouger.
Sa crinière ?…
Non. Les petits poils blancs qui gigotaient dans sa nuque n’appartenaient pas à l’animal.
La fourrure remua encore et, soudain, une petite truffe noire surgit de son encolure. Opale lâcha un couinement.
— Un renard ! C’est un renard blanc !
— Pas si fort ! la supplia Andrew.
Il eut tout juste le temps de lui aplatir la tête sous le rebord de la fenêtre que le cerf tournait son regard acéré vers eux. Ils restèrent ainsi sans bouger, courbés en deux, la respiration basse. Lorsque Andrew jugea qu’ils pouvaient se redresser, l’animal avait repris son chemin. Le renardeau avait quitté son dos et gambadait autour de ses longues pattes. Il était dodu, la langue pendante, et sautillait à chaque enjambée. Le visage d’Opale se marqua de ravissement.
— Viens, allons les retrouver !
— Opale, nous ne pouvons pas… !
Mais la jeune fille ne l’écouta pas. La main serrée dans la sienne, elle le tira en avant, en chaussettes dans la neige, ses longues boucles rousses tressautant dans sa course. Le cerf et le renard étaient encore loin. Peut-être qu’ils accepteraient de se laisser approcher, pour Opale.Qui était-il, après tout, pour lui dicter ce qu’elle pouvait ou ne pouvait pas faire ?
Il n’avait jamais pu lui dire non.

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commentaires (2)

  • encreduphenix
    encreduphenix 1 année plus tôt Répondre

    Chuut, il ne faut rien dire… 😉 Il y a plein de beaux textes à lire en effet, c’est intéressant de comparer son travail !

  • Avatar
    Fabien Reuter 1 année plus tôt Répondre

    Que de compliments…le billet de 50€ a donc bel et bien été accepté (a)
    Blague à part, j’ai pas encore lu les autres textes, je le ferais quand je trouverais le temps pour les comparer vis-à-vis du tiens qui servira de référence.

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